La honte

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Expression de la honte

Selon Wikipédia, « La honte est une émotion complexe. Elle se distingue des autres émotions par sa dimension sociale, secrète, narcissique, corporelle et spirituelle. La honte a des aspects positifs et négatifs. Elle est parfois définie comme la version sociale de culpabilité, et joue un rôle dans la phobie sociale.

La honte ne s’enracine pas dans la conscience d’avoir mal agi (il s’agit là de culpabilité), mais dans le sentiment d’être indigne, comme être humain dans un contexte social. Une fois installée et enkystée dans la personnalité, la honte excessive mine l’ego (ou le surdimensionne par réaction défensive).« 

La construction de la honte

« Les enfants viennent au monde prêts à s’attacher. Dans un environnment familial « suffisamment bon », parents et enfants s’attachent naturellement les uns aux autres » (Van der Hart et Coll,2006).

Si les parents ou l’adulte (la mère la plupart du temps) qui prennent soin de l’enfant, ne sont pas disponibles émotionnellement à cause d’une maladie, de la peur de la responsabilité, d’une dépression, addiction, narcissisme excessif, ou si les relations sont conditionnelles, « tais-toi, tu n’as pas le droit de monter ta colère, je ne t’aime que si tu es gentil », si l’enfant est victime d’abus, de violence sexuelle, verbale, domestique, humiliations, négligences, il lui sera difficile de se construire avec un mode d’attachement sécurisant et d’apprendre les bonnes attitudes de confort et de confiance en lui. 

Les traumatismes de l’enfance peuvent revétir une large palette et aller de la violence verbale et domestique à la négligence extrême entrainant des sentiments de ne pas faire partie du groupe dans lequelle on vit, envie de s’en échapper, de l’incomprehension et de la confusion par rapport à ce qu’il pense de lui. L’enfant va penser que le probleme vient de lui, qu’il n’est pas assez bien, mauvais, nul, car les croyances qu’il va intégrer, à ce moment là, dans son psychisme lui viennent de son environnement, donc ce qu’il connait. Un enfant croit ce qu’on lui dit, il ne va pas mettre en doute la parole de l’adulte et va avoir du mal à réguler ses émotions dans les moments de détresse.

Les jeunes enfants sont complètement dépendants des personnes qui s’occupent d’eux, pour se sentir en sécurité et en contact avec le monde. S’ils sont maltraité par une personne censé prendre soin d’eux et assurer leur sécurite, ils sont confrontés à un dilemme impossible à résoudre, car, ils doivent combler leur besoin biologique qui est de rechercher la proximité de la personne sensé leur apporter amour et sécurité, et en même temps, cette même personne est la source de la terreur à laquelle ils essaient d’échapper.  Selon Carol Forgash dans son livre « Guérir de la dissociation et des traumatismes avec l’ EMDR et les Etats du Moi », « Les systèmes défensifs de colère et de fuite loin de la douleur sont actives, et en même temps, l’enfant doit considérer son agresseur comme la source de ce dont il a besoin pour assurer sa survie ».

L’impuissance apprise

Lorsqu’un enfant subi en permanence des abus et ne peut rien faire d’autre que de subir il se crée un sentiment d’impuissance acquise à l’interieur de lui, car  un petit enfant ne peut pas empêcher un parent ou un proche de le battre ou de l’abuser, il ne peut pas le forcer à arrêter de boire. il n’y a aucun moyen de faire cesser les abus ou de mettre fin à une situation de violence domestique. Il ne peut qu’assister de maniere impuissante à ce qui se passe et réagira ensuite à l’âge adulte avec le même sentiment d’impuissance lorsqu’il n’aura pas de contrôle sur une situation menaçante.

Le cerveau dans ce cas n’a qu’une solution, se dissocier de la douleur. Il y a d’un coté, la partie qui subit l’abus et d’un autre coté une autre partie qui éprouve de l’amour pour son agresseur.  Il y a souvent une cohabitation entre la partie abusée et l’abuseur. Les adultes qui ont été maltraités ou négligés dans leur enfance rejetent la culpabilité sur eux-même et s’en veulent souvent. Aussi les sentiments de culpabilité et de honte sont-ils souvent omniprésent. L’auto-culpabilisation vient de la logique de l’enfance, car l’enfant abusé, battu ou avec un vécu terrible va penser que c’est lui qui est mauvais et ne mettra pas en doute ses parents, ce afin de ne pas avoir à affronter la réalité plus terrifiante encore, qu’il est un enfant normal avec de mauvais parents.

L’enfant élevé par des parents en qui il n’a pu avoir confiance, pour une raison ou pour une autre, aura tendance en grandissant à généraliser ce qu’il a vécu et à penser qu’il ne peut faire confiance à personne ou que le monde est dangereux.

Reconnaître la honte

La honte se caractérise par la croyance suivante : « Je suis mauvais », je ne suis pas assez bien. Cette émotion est fondée sur une perception déformée de soi que l’on  perçoit comme indigne, altéré, incapable de réussir…

Pourquoi la honte est-elle si répandue ? On l’a vu précédemment, les jeunes enfants sont complètement dépendants des personnes qui s’occupent d’eux pour se sentir en sécurité et en contact avec le monde. Si ils sont maltraités par une personne censée prendre soin d’eux et assurer leur sécurite, ils sont confronté à un dilemme impossible a résoudre.

Quand les parents sont abusifs, indisponibles émotionnellement ou maltraitants, cela induit de la confusion dans l’esprit de l’enfant qui pense que c’est de sa faute, et quand il est face à des évènements affreux, il va se sentir mal et developper toutes sortes de croyances limitantes, ou fausses, et moralistes qui perpétuent la honte et l’impuissance apprise.

« Il y a vraiment quelque chose qui ne va pas chez moi, je dois avoir un grain ! »
« Je suis stupide ! »
« Je ne vaux rien et suis incapable de faire quoi que ce soit de bien. »
« Je suis une épave, un moins que rien »
« Je suis bon a rien, je ne suis pas a la hauteur. »

Derriere le perfectionnisme : La honte

La honte est souvent cachée sous le perfectionnisme, car l’enfant a interiorisé la croyance qu’il fallait être parfait car ses parents ne pouvaient pas l’accepter tel qu’il était, ou qu’en agissant « bien » il pourrait empêcher aux mauvaises choses d’arriver. Dans les deux cas, il lui a fallu cacher ses véritables émotions pour se conformer à ce qu’il croyait que ses parents attendaient de lui ou pour ne pas créer de problème. Le perfectionnisme est alimenté par un discours interne, critique, jugeant afin de refouler des sentiments qui seraient trop douloureux autement, et cette critique interieure de par ses reproches incessants ramène à la honte.

Sortir de la spirale infernale

Pour sortir de cette spirale infernale, il est necessaire d’explorer comment la honte se manifeste, quelles pensées ou sensations, quels ressenties, émotions l’accompagnent, Qu’est-ce qui aide à la surmonter ?

Il est possible de se libérer de la honte et de l’impuissance apprise, en permettant un traitement adaptatif de l’information des réseaux de mémoires qui sont restés dans leur codage, avec les émotions, les sensations, les images et les ressentis, et réagissent encore comme au moment où les évènements sont arrivés. Ces mémoires se sont dissociées, loin du langage et du raisonnement, et sont déclenchées chaque fois qu’il y a quelque chose qui rappelle de près ou de loin le vécu difficile.

 

L’objectif du traitement adaptatif de l’information est d’aider à sortir d’un passé ayant entrainé des croyances limitante pour avoir une adaptation fonctionnelle de l’information, à savoir que le temps est passé, qu’on a grandi, qu’on peut faire d’autres choix que de subir un passé qui n’existe plus et qu’on peut sortir de cette impuissance apprise.

Pour conclure, se libérer et guérir de la honte nécessite d’aller au delà de la compréhension de la facon dont elle nous affecte et d’où elle vient avec un accompagnement empathique, compatissant, sans jugement, une véritable alliance pour déjouer les pièges et accéder aux schémas qui ont contribué à construire les blocages et les croyances limitantes.

Marie-Agnès Thulliez

Bibliographie

Guérir le traumatisme et la dissociation par l’EMDR et la thérapie des Etats du Moi

Carole Forgash & Margaret Copleley

Le soi hanté

Onno Van Der Hart & Ellert R.S Nijenhuis

La trousse à outils de l’EMDR

Jim Knipe

Les merveilleuses fiches d’aide du Dr Igor Thiriez, psychiatre à Erasme (Bruxelles)

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