EMDR et thérapies croisées

 

 qui a fait connaitre l’EMDR (Eye Movement desensitization and reprocessing), en France.

 

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Notre éducation fait de nous des êtres auxquels on a dit qu’il fallait être fort sans vraiment nous en donner les clefs.

Notre histoire, notre condition humaine et notre mode de vie font de nous des personnes vulnérables au stress, aux blocages, aux peurs et aux souffrances dues aux chocs émotionnels majeurs ou mineurs ou aux évènements marquants que nous avons vécus. 

Tous ces éléments nous empêchent de profiter pleinement de notre vie.

D’abord formée à la psychothérapie classique, et ne jurant que par la psychanalyse, force était de constater que je n’avais pas les outils suffisants pour vraiment aider les patients avec de gros ou même de petits traumas psychologiques à sortir de leur souffrance !

Quand j’ai découvert l’EMDR en 2003 en lisant le livre de David Servan Schreiber qui défrayait alors la chronique: « Guérir sans médicaments ni psychanalyse », il m’est apparu évident qu’il fallait que je me forme à l’EMDR.

On parlait à ce moment-là d’une mystérieuse thérapie qui permettait de travailler les traumatismes douloureux stockés dans la mémoire, pour les classer dans la mémoire autobiographique, c.-à-d les transformer en de simples souvenirs sans plus aucune charge  émotionnelle  ! 

Cela paraissait tellement invraisemblable à l’époque ! Comment pouvait-on changer les choses en quelques séances, alors qu’il fallait des années de thérapie pour pouvoir se connaître ? Non, ce n’était pas très sérieux !

Formée au début par curiosité, entre 2003 et 2006 à Bruxelles avec Ludwig Cornil et à Paris avec David Servan Scheiber, l’EMDR est devenue plus qu’une évidence, une véritable conviction. Si j’ai beaucoup aimé la psychanalyse, j’ai choisi l’EMDR et aujourd’hui encore, je ne regrette pas mon choix.

Les résultats spectaculaires sur les traumas simples liés à l’EMDR et le succès aidant, j’ai dû par la suite effectuer d’autres formations complémentaires afin de pouvoir mieux traiter les traumas complexes et me suis spécialisée en Psychotraumatologie.  Car hélas certains patients très affectés ne pouvaient pas guérir, malgré la magie de l’EMDR !

Au fil des années, ces patients présentant des combinaisons de diagnostics complexes, avec multitudes de traumas et des états de stress post traumatiques (ESPT) ont défilé, ainsi que bien d’autres, souffrant, qui de troubles de l’attachement, qui de troubles de la personnalité, et /ou de troubles dissociatifs.        

Il fallait bien leur apporter l’aide dont ils avaient besoin! L’EMDR a beaucoup évolué depuis (non il ne suffit pas simplement de faire bouger les yeux des patients), il y a un protocole précis en 8 phases à respecter, qui s’articule autour des souvenirs et des émotions et des sensations corporelles ressenties par le patient.

Avec le traitement adaptatif de l’information et de nombreux outils rajoutés au fur et à mesure, l’EMDR permet aujourd’hui de traiter des traumatismes avec un grand T, mais aussi avec un petit t , ainsi que de nombreuses autres problématiques psychologiques ! 

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Un évènement traumatique n’entraine pas systématiquement un trauma psychique, être atteint dans ses valeurs personnelles, dans la vision que l’on a de soi, des autres ou du monde, une humiliation publique, de la maltraitance psychologique, un échec, un licenciement, un divorce, une rupture, un deuil, etc. laissent aussi des blessures invisibles.

L’EMDR combinée à la psychotraumatologie adopte un modèle de formation croisée, une approche qui intègre plusieurs orientations psychothérapeutiques avec la théorie, la pratique et la recherche qui les accompagnent.

C’est un véritable couteau suisse, enrichi avec la thérapie des États du moi, le traitement des troubles dissociatifs (TDI), et des troubles de l’attachement.

Le traitement des thérapies croisées, va bien au-delà du coaching ou de la gestion des problèmes par la parole ou leur compréhension, il permet de cibler et d’aller directement au coeur des problématiques, dans leur système fondateur intrinsèque.

Il facilite la désactivation des facteurs de maintien qui tirent vers le bas permettant ainsi une adaptation fonctionnelle de l’information.

Avec ce traitement on assiste à un changement de comportement du patient qui était jusqu’alors basé sur les évènements et la compréhension irrationnelle qu’il avait eue dans son passé, à un moment où il n’avait pas la maturité émotionnelle suffisante pour lui permettre de comprendre l’évènement et de lui donner un sens, à un âge vulnérable, dans un état de faiblesse, ou dans une situation d’impuissance, à un moment où il ne pouvait rien faire d’autre que de subir.

La réalisation du temps passé depuis les évènements, de ses possibilités de choix, et de bien d’autres capacités, permet de se repositionner dans son présent, comme l’a si bien dit Francine Shapiro, créatrice de l’EMDR dans son livre  » Getting past, your past »,  « Faire de son passé, son passé ».

Le traitement adaptatif de l’information, grâce au potentiel de l’EMDR et aux thérapies croisées de la psychotraumatologie, rend possible la résolution des traumas et le traitement de difficultés générales auxquelles font souvent face des patients souffrant sans le savoir de traumas avec des petits t. Ces derniers étant tout aussi dévastateurs, car ayant été subis dans la durée.

Ces patients tournent en rond dans leurs problématiques sans comprendre qu’ils sont victimes de leur histoire, de leur passé, de ce qu’ils ont vécu, d’évènements qu’ils n’ont pas digérés et qu’ils continuent encore et encore à rejouer en boucle avec des acteurs différents, sans comprendre ce qui leur arrive.

Car la souffrance psychique vient bien de quelque part. Elle nous vient de notre passé, de notre histoire, de ce que nous avons appris, compris, subi. 

Celle que nous revivons aujourd’hui est liée à des événements du passé, stockés de manière dysfonctionnelle dans notre cerveau. Ces éléments, passent au travers de nos propres filtres et sont ravivés et déclenchés, au moindre rappel d’un évènement qui y ressemblent de près ou de loin. À cela va se rajouter notre mode de réaction interne face à un danger potentiel, l’attaque, la fuite ou le gel sur place.

Un même évènement va nous affecter différemment, selon la résonance qu’il aura à l’intérieur de nous, les capacités de régulation émotionnelle que nous avons, ainsi que les ressources internes dont nous disposons.

Pour conclure, je dirais que la psychotraumatologie permet un changement de paradigme, une transformation profonde, tant structurelle que restructurante et ouvre un espace du possible vers un véritable changement pour un réel mieux-être.

 Marie-Agnès Thulliez

Avec Francine Shapiro, créatrice de l’EMDR